D'abord régler à l'amiable, puis recourir à la justice uniquement en cas de nécessité

La semaine dernière, plusieurs articles ont été publiés dans Het Laatste Nieuws et sur HLN.be au sujet de l'augmentation des problèmes d'endettement chez les habitants de nos communes. Ces articles ont mis en lumière une réalité structurelle : de plus en plus de citoyens voient leur situation financière se détériorer et sont souvent contraints de recourir à la médiation de dettes ou au règlement collectif de dettes.
Derrière ces chiffres, il n'y a pas des statistiques, mais des personnes. Des familles confrontées à des coûts croissants, des indépendants avec des problèmes de liquidités temporaires, des citoyens qui demandent de l'aide trop tard par honte ou par impuissance. La manière dont nous traitons ces dettes en tant que société en dit long sur notre maturité économique et notre boussole sociale.
Trop souvent, les procédures judiciaires deviennent le point de départ plutôt que la conclusion. Les dossiers s'enveniment, les coûts augmentent et la pression s'intensifie, non seulement sur le plan financier, mais aussi sur le plan mental. Cette dimension psychologique du recouvrement est systématiquement sous-estimée dans le débat public. Dès que la justice est saisie, la dynamique change fondamentalement : le dialogue fait place à la menace et à l'escalade. Même lorsque cela se fait dans le respect de la loi, cela crée un contexte d'impuissance qui rend difficile toute solution constructive. Il peut en être autrement.
C'est pourquoi le choix de l'« amicable first » n'est pas un réflexe facile, mais une politique rationnelle.
L'approche préconisée, entre autres, par la fédération des agents de recouvrement amiable (ABR-BVI) repose sur une autre logique : d'abord, de manière démontrable, à l'amiable, de manière professionnelle et contrôlée. Cela implique une communication transparente sur le montant principal, les intérêts et les frais. Cela implique des efforts réels pour parvenir à des plans de remboursement réalisables. Cela implique de laisser suffisamment de temps et d'espace pour le dialogue et de documenter les mesures prises avant d'entamer une procédure judiciaire.
Le recouvrement à l'amiable n'est pas un simple rappel sans engagement. Il s'agit d'un processus réglementé par la loi et supervisé par le SPF Économie, avec des règles claires en matière de proportionnalité et de protection des consommateurs. La différence de départ est fondamentale : le recouvreur à l'amiable n'agit pas au nom du pouvoir public, mais en tant qu'acteur médiateur dans un cadre strict. Cela réduit la pression mentale et augmente en pratique les chances d'un remboursement effectif. Une procédure judiciaire est contrôlée par les huissiers de justice eux-mêmes, ce qui est tout de même différent : ils sont à la fois juge et partie.
Les pouvoirs publics ont également un rôle exemplaire à jouer à cet égard. Lorsque les autorités publiques recourent trop rapidement à des procédures automatisées ou judiciaires, elles sapent le principe de proportionnalité qu'elles imposent elles-mêmes au marché. Une politique de recouvrement crédible exige un comportement cohérent : d'abord une procédure amiable complète, puis seulement ensuite, lorsque cela est vraiment nécessaire, une procédure judiciaire.
Les informations récentes montrent que l'endettement n'est pas un phénomène marginal, mais un problème social de grande ampleur. La question n'est donc pas de savoir si nous recouvrons les créances, mais comment nous le faisons.
La Belgique peut choisir un modèle fondé sur le pouvoir et l'escalade rapide, ou un système axé sur la réparation, l'efficacité et la confiance.
D'abord à l'amiable. De manière professionnelle. Contrôlée.
Ensuite seulement judiciaire, en dernier recours, et non de manière automatique.
Ce n'est pas de la mollesse.
C'est une politique responsable et tournée vers l'avenir.


